Bien que omniprésent dans l’imaginaire collectif, le débarquement du 06 juin 1944 sur les 80 km de plage de sable fin n’est en réalité que la première étape de ce qui suivra pendant 3 mois, à savoir la bataille de Normandie, qui préfigura la libération de la France. Il faut donc voir le débarquement (opération Neptune) comme un prélude et non comme une fin en soi.
I/ Le débarquement de Normandie
A. Utah et Omaha Beach : objectif majeur Cherbourg
1.Utah
Le 5 juin au soir, plus de 200 parachutistes de la 82e division aéroportée ont atterri dans des villages manchois tels que Sainte-Marie du Mont ou Sainte-Marie l’Église. Cette dernière est restée célèbre grâce à John Steele (parachutiste) qui fut piégé sur le clocher de l’Église pendant plusieurs heures avant d’être décroché par les Allemands.
L’objectif de ces opérations aéroportées était de préparer le terrain au débarquement du lendemain en neutralisant l’ennemi avant que les forces marines les rejoignent afin de former une tête de pont.
Au petit matin, sans le vouloir, l’arrivée sur les côtes eut lieu 2 km plus au sud que prévu. Cette erreur s’avérera être un atout puisque de ce côté-ci, les défenses allemandes étaient moins nombreuses. Résultat : le débarquement est un succès avec 5 fois moins de pertes côté alliés par rapport à Omaha. Désormais, les alliés vont se diriger vers Cherbourg pour tenter de prendre le port qui est un atout stratégique majeur.

2.Omaha
Si Omaha Beach est la plage qui vient directement à l’esprit des gens quand on évoque le débarquement, c’est en partie dû aux films retraçant l’histoire de la bataille avec ses âpres combats et lourdes pertes. Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés. Premièrement, une mer agitée avec de la houle qui fit dériver plusieurs barges. De plus, contrairement à Utah, l’aviation américaine avait raté les bombardements des défenses allemandes sur la côte.
De ce fait, à peine après avoir mis un pied sur le sol boueux d’Omaha, les divisions allemandes ouvrent le feu et déciment ou blessent 90 % de la première ligne américaine en seulement 5 minutes. Le salut à Omaha est venu des navires de guerre qui se sont rapprochés de la plage et ont permis d’enfin obtenir une percée. Au soir, une tête de pont de 3 km est opérée, mais au prix de 1000 morts et 3000 blessés sur Omaha Beach qu’on surnommera “Omaha la Sanglante”.
Ensuite, l’objectif des troupes à Omaha fut de rejoindre celles débarquées à Utah en passant notamment le pont de Carentan.


En allant en Normandie sur les pas de ces héros, il faut se rendre au musée de Vierville-sur-Mer, qui est un musée construit à l’emplacement d’un hôpital américain et qui possède des objets authentiques du débarquement. Je vous recommande de faire l’expérience immersive que j’ai trouvé très réaliste. Muni d’un casque, on nous plonge directement dans le champ de bataille de l’époque. On peut notamment se rendre compte de l’étendue des défenses allemandes présentes sur la plage le jour du “D-Day” (hérissons de plage, asperges de Rommel, tétraèdes, barbelés…) ayant pour but d’entraver la progression adverse et d’éviter le déploiement des chars américains.
Si vous recherchez un musée qui se penche exclusivement sur Omaha Beach, allez au musée de Saint-Laurent-sur-Mer dans la commune voisine, qui est très bien également.

B. Gold, Juno et Sword Beach : objectif majeur Caen
Un peu plus à l’Est, les Britanniques posaient pied à terre entre Asnelles et Ver-sur-Mer. Le 08 juin, les troupes alliées rejoignaient et arrachaient Arromanches aux Allemands. De cette victoire fut construit un port artificiel préfabriqué permettant de décharger le matériel mais aussi les approvisionnements grâce à des quais de déchargement protégés par des caissons. Ce port, ou “Mulberry”, fut stratégique dans la bataille de Normandie, permettant aux troupes alliées d’avoir du renfort rapidement (220 000 soldats durant les 100 jours).

Après avoir pris Arromanches et avoir fait la jonction avec les troupes canadiennes de Juno Beach, leur quête fut de rentrer dans les terres et de s’emparer de Caen, grande ville stratégique.
À Sword Beach, 177 Français participèrent au débarquement sous la houlette du commandant Kieffer. Débarquant 2 km au nord de Ouistreham à Colleville-Montgomery, leur objectif était de reprendre la ville et les bunkers allemands avant de rejoindre les divisions canadiennes. Mais une brèche s’est formée et ces derniers n’ont eu d’autre choix que de partir vers Caen également.
II/ Les défenses allemandes : le Mur de l’Atlantique
Les plus de 156 000 hommes débarqués sur l’ensemble des plages ont dû faire face au mur de l’Atlantique. Cette ligne de front imaginée par Hitler allant de la Norvège jusqu’au sud de la France était à vocation défensive pour protéger et surveiller les côtes. Cet ouvrage est semblable à la ligne Maginot, mais en beaucoup plus long : 4000 km contre 750 km pour la ligne Maginot. Je vous montre selon moi les 2 sites à visiter absolument.
A. la pointe du Hoc
Situer entre les plages d’Omaha et d’Utah, la pointe du Hoc a été un lieu aussi bien stratégique que tragique lors des opérations du 06 juin.
En effet, le deuxième bataillon Rangers chargé de prendre possession de la batterie allemande et des canons a dû gravir la falaise de 30 m de haut à l’aide de cordes et de grappins sous les tirs ennemis. Malgré cela, en à peine 10 minutes, les rangers atteignaient le sommet. Ils découvrirent que les pièces d’artillerie allemandes avaient été retirées pour éviter les pertes. Ces derniers avaient anticipé les tirs et obus navals alliés.
Aujourd’hui, le site garde encore les traces de ces combats avec des cratères nous permettant de nous rendre compte de l’âpreté dans laquelle les rangers ont escaladé la falaise. Au bord de cette dernière, vous pouvez pénétrer dans un casemate allemand et voir les conditions de vie à l’intérieur (chambres, salle de garde…).

B. la batterie de Longues sur Mer
De la même manière que sur la pointe du Hoc, la batterie de Longues sur Mer était placée sur la falaise entre Omaha et Gold Beach.
À travers un chemin d’interprétation, on observe l’alignement parfait des 4 casemates abritant des canons de 150 mm en aval et le poste de commandement de tir chargé de donner l’ordre en amont (300 m plus loin).
La garnison allemande se rendra immédiatement sans opérer de résistance le jour du débarquement.

III/ La bataille de Normandie : Caen et Bayeux, 2 villes aux destins opposés
A. Bayeux
Première ville libérée par les alliés le 07 juin 1944, Bayeux fut le théâtre du premier discours de Charles de Gaulle sur le sol français le 14 juin. La ville a été en grande partie épargnée des bombardements, ce qui fut un miracle compte tenu du fait que la Normandie a été mise à sang pour la libération de la France. L’explication vient du fait que la ville n’était pas la priorité des allemands qui ont préféré se replier vers Caen, jugée plus stratégique à leurs yeux. En ce sens, Bayeux ne possédait pas de nœuds de communication majeurs (voies ferrées, aéroports…) compliquant ainsi les possibilités de défense pour les allemands.
Dans ces conditions, la ville a pu conserver son charme de l’époque avec son quartier ancien bordé par l’Aure (cours d’eau) abritant de superbes ruelles en pierre et de petits moulins qui donnent un petit air de Bretagne. La cathédrale Notre-Dame est un autre temps fort d’une visite à Bayeux, même si sa tapisserie en est le point d’orgue (retour prévu en octobre 2027). Enfin, vous pouvez visiter le musée de la bataille de Normandie si vous souhaitez en savoir plus sur les 100 jours qui ont suivi le débarquement.
En somme, si vous faites le tour des plages du D-Day, ne manquez pas de faire une halte à Bayeux, vous ne serez pas déçu.

B. Caen
Contrairement à sa voisine, Caen a subi de plein fouet les dégâts de la guerre, si bien que près de 70 % de la ville a été complètement rasée durant l’été 44. Avec Falaise, Caen est l’endroit en Normandie où les combats ont été les plus rudes, au plus grand malheur des habitants qui ont dû fuir. Pourtant, le plan initial des alliés était de prendre la ville en un jour. Mais ces derniers ont sûrement sous-estimé l’importance capitale de la ville qui se trouvait au carrefour entre Cherbourg et Paris. Elle représentait donc un enjeu stratégique majeur. Les allemands l’avaient bien compris et la bataille de Caen s’engagea finalement pour 6 semaines.
En se rendant à Caen aujourd’hui, la visite du mémorial est un incontournable pour n’importe quel passionné d’histoire. Il retrace les événements des prémices de la seconde guerre mondiale jusqu’à la fin de la guerre froide avec la chute du mur de Berlin.

IV/ L’héritage et le devoir de mémoire
Les nouvelles générations dont je fais partie doivent reprendre le flambeau et transmettre notre histoire pour ne pas oublier ce qu’il s’est passé durant l’été 44. J’ai tendance à penser que pour appréhender les défis futurs, il faut comprendre ce qui fait que nous en sommes là aujourd’hui.


